Burroughs was born in 1914, the younger of two sons of a prominent family in St. Louis, Missouri. His grandfather, William Seward Burroughs I, founded the Burroughs Adding Machine company, which evolved into the Burroughs Corporation. Burroughs' mother, Laura Hammon Lee (1888-1970), was the daughter of a minister whose family claimed to be related to Robert E. Lee. His father, Mortimer Perry Burroughs, ran an antique and gift shop, first in St. Louis, then in Palm Beach, Florida.
Burroughs attended John Burroughs School in St. Louis where his first published essay, "Personal Magnetism," was published in the John Burroughs Review in 1929.[1] He then attended The Los Alamos Ranch School in New Mexico, which was stressful for him. The school was a boarding school for the wealthy, "where the spindly sons of the rich could be transformed into manly specimens." [2]. Burroughs kept journals documenting an erotic attachment to another boy. These remained undiscovered, and in fact he kept his sexual orientation concealed well into adulthood. He was soon expelled from Los Alamos after taking chloral hydrate in Santa Fe with a fellow student.
He finished high school at Taylor School in St. Louis and, in 1932, left home for an arts degree at Harvard University. During the summers, he worked as a cub reporter for the St. Louis Post-Dispatch, even covering the police docket. He disliked the work, and refused to cover some events like the death of a drowned child. He lost his virginity in an East St. Louis whore house that summer with a female prostitute he regularly patronized.[3] Back at Harvard, Burroughs was introduced to the gay subculture of New York City. He visited lesbian dives, piano bars, and the Harlem and Greenwich Village homosexual underground with a wealthy friend from Kansas City, Richard Stern. They would drive from Boston to New York in a reckless fashion, once Stern scared Burroughs so much, he asked that he be let out of the vehicle.[4]
Burroughs graduated from Harvard University in 1936. According to Ted Morgan's Literary Outlaw,
His parents, upon his graduation, had decided to give him a monthly allowance of $200 out of their earnings from Cobblestone Gardens, a tidy sum in those days. It was enough to keep him going, and indeed it guaranteed his survival for the next twenty-five years, arriving with welcome regularity. The allowance was a ticket to freedom; it allowed him to live where he wanted to and to forgo employment. -Ted Morgan, Literary Outlaw. p.65. New York:Avon Books, 1988.[5]
However, Burroughs's parents never had a great fortune; they had sold the rights to his grandfather's invention and had no share in the Burroughs Corporation.
After leaving Harvard, Burroughs' formal education ended, except for brief flirtations as a graduate student of anthropology at Harvard and as a medical student in Vienna, Austria. He traveled to Europe, which proved a window into Austrian and Hungarian Weimar-Era homosexuality; he picked up boys in steam baths in Vienna, and moved in a circle of exiles, homosexuals, and runaways. There, he met Ilse Klapper, a Jewish woman fleeing the country's Nazi government. The two were never romantically involved, but Burroughs married her, against the wishes of his parents, in Croatia to allow her to gain a United States visa. She made her way to New York City, and eventually divorced Burroughs, although they remained friends for many years."[6] After returning to the U.S., he held a string of uninteresting jobs. In 1939, his emotional health became a concern to his parents, especially after he deliberately severed the last joint of his left little finger to impress a man he was infatuated with.[7] This event made its way into his early fiction as the short story "The Finger".
Burroughs enlisted in the U.S Army early in 1942, shortly after the bombing of Pearl Harbor brought the U.S. into World War II. But when he was classified as a 1-A Infantry, not an officer, he became dejected. His mother recognized her son's depression and got Burroughs a civilian disability discharge — a release from duty based on the premise he should have not been allowed to enlist due to previous mental instability. After being evaluated by a family friend, who was also a neurologist at a psychiatric treatment center, Burroughs waited five months in limbo at Jefferson Barracks outside St. Louis before being discharged. During that time he met a Chicago soldier also awaiting release, and once Burroughs was free, he moved to Chicago and held a variety of jobs, including one as an exterminator. When two of his friends from St. Louis, Lucien Carr, a University of Chicago student, and David Kammerer, Carr's homosexual admirer, left for New York City, Burroughs followed.
William Seward Burroughs, plus connu sous son nom de plume William S. Burroughs, né le 5 février 1914 à Saint Louis (Missouri), mort à Lawrence (Kansas) le 2 août 1997), est un romancier américain.
Son grand-père William Seward Burroughs est le fondateur de la Burroughs Corporation.
Principalement connu pour ses romans hallucinés mêlant drogue, homosexualité et anticipation, il fut associé à la Beat Generation et à ses figures emblématiques (Jack Kerouac, Allen Ginsberg). On retient aussi de lui son utilisation littéraire du cut-up, technique (mise au point dans une petite chambre d'hotel pouilleuse de Paris avec Brion Gysin) qui consiste à recréer un texte à partir de bribes découpées et mélangées au hasard, utilisant parfois des fragments d'autres auteurs.
Citation extraite du livre Queer Beats, édité par Regina Marler : « Alors que Kerouac retourna vivre avec sa mère dans les années 60 et épousa la sœur d’un ami d’enfance, et que Ginsberg régna pendant les années hippies, ce furent les années 1980 et 1990 […] qui allaient être l’ère de William Burroughs, le plus sombre des trois anges de la Beat Generation. »
William Seward Burroughs naît dans une famille bourgeoise. Il est le petit-fils d'un autre William Seward Burroughs, inventeur du gadget qui permit la création de la première machine comptable et fondateur de la « Burroughs Adding Machine company ». Sa mère, Laura Lee Burroughs, était la fille d'un homme d'église dont la famille se réclamait de l'ascendance de Robert E. Lee. Burroughs étudie la médecine à Vienne, expérience dont il garda toute sa vie un goût prononcé pour la chirurgie et les modifications du corps, la chimie du cerveau et les drogues. Il entre à l'université de Harvard pour une licence de littérature anglaise dont il sort diplômé en 1936. Son expérience d'Harvard est résumée au début de Junkie : « J'ai détesté l'université et la ville dans laquelle je vivais. Tout en elle était mort. L'université était un faux décor anglais entre les mains de diplômés de faux collèges anglais. »
En 1944, Burroughs vit avec Joan Vollmer dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et Edie Parker, première femme de Kerouac. C'est à cette période qu'il entame sa consommation d'héroïne, par ennui. Burroughs épouse Vollmer en 1946 avec le projet de fonder une famille « normale ». Leur fils William S. Burroughs Jr. naît en 1947, au Texas. Le 6 septembre 1951, en voyage à Mexico, Burroughs tue accidentellement sa femme d'une balle en pleine tête alors qu'il essayait de reproduire (bien qu'ivre) la performance de Guillaume Tell, qui fendit d'une flèche la pomme posée sur la tête de son fils (Burroughs fut toute sa vie fasciné par les armes à feu). Burroughs fut inculpé pour homicide involontaire mais échappa à la prison en quittant le Mexique en 1952 puis en vivant des années d'errance : il parcourt l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de YagéAfrique du Nord avant de s'installer à Tanger, au Maroc. puis l'
En 1956, il entame une première cure de désintoxication avec l'aide de John Dent, un médecin londonien qui inventa la cure d'apomorphine, la seule cure efficace en matière de désintoxication. À l'issue du traitement, il emménage au légendaire « Beat hotel » à Paris où il accumule des masses de fragments de pages manuscrites. Avec l'aide de Ginsberg et Kerouac, il fait éditer Le Festin nu par Olympia Press. Les fragments devinrent de leur côté les trois épîtres d'une trilogie : La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Nova express. Après sa sortie, le Festin nu fut poursuivi pour obscénité par l'État du Massachusetts puis de nombreux autres. En 1966, la Cour Suprême du Massachusetts déclara finalement le livre « non obscène », ce qui ouvrit la porte à d'autres travaux comme ceux d'Henry Miller (en particulier son Tropique du Cancer), James Joyce (Ulysse), D.H Lawrence (L'Amant de Lady Chatterley).
Burroughs partit pour Londres en 1960 où il publia de nombreux petits textes dans des magazines Underground, travaillant dans le même temps sur un projet qui fut publié en trois parties : « Les Garçons sauvages », "Exterminateur!" et Havre Des Saints. Il retourne à New York en 1974 où il devint professeur d'écriture pendant quelques temps, avant de réaliser que l'écriture ne peut être enseignée.
Dans les années 1980 et 90, Burroughs commence à attirer de nombreuses icônes de la culture Pop. Il apparaît aussi dans le film Drugstore Cowboy de Gus Van Sant. En 1990, sa collaboration avec Robert Wilson et Tom Waits donne naissance à la pièce Black Rider qui fut jouée la première fois au Thalia Theatre de Hambourg, le 31 mars 1990. Burroughs participa aussi à des enregistrements de ses textes pour Kurt Cobain (The Priest They Called Him), R.E.M., Ministry et Bill Laswell.
Burroughs est considéré comme un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Que l'on privilégie ses idées ou sa prose, on ne peut que voir un homme aussi brillant et fulgurant que chaotique et auto-destructeur. Ceux qui l'ont connu le décrivent comme un homme intelligent et calme, s'intéressant à la science-fiction, aux chats et aux armes à feu.
Il mourut dans sa propriété de Lawrence (Kansas) le 2 août 1997, de complications liées à une crise cardiaque. En France, le journal Libération lui rendit hommage le lendemain en lui consacrant sa une, un fusil à la main.
Henry Charles Bukowski (August 16, 1920 – March 9, 1994), was a Los Angeles poet and novelist. Bukowski's writing was heavily influenced by the geography and atmosphere of his home city of Los Angeles. He is often mentioned as an influence by contemporary authors, and his style is frequently imitated. A prolific author, Bukowski wrote thousands of poems, hundreds of short-stories, and six novels, eventually having more than fifty books in print.
Les trois premières années de sa vie se passent en Allemagne, avant que ses parents ne décident d'émigrer aux États-Unis (1923). Il passe dans un contexte de crise économique une enfance marquée par la violence d'un père alcoolique et dominateur, battant son fils et son épouse.
Sa mère, effacée et taciturne, était mère au foyer et n'a jamais été pour Bukowski que l'image de la femme soumise à l'autorité délirante de son époux, incapable d'intervenir dans les relations conflictuelles qu'entretenaient son fils et son mari.
Fils unique, Bukowski subira très tôt la haine et la frustration paternelle face à son échec social : régulièrement battu jusqu'à sa seizième année (volontiers à coups de ceinture en cuir), avec ou sans raison. Son père lui interdit les relations avec les enfants du quartier, trop pauvres, qui reflètent l'image de son propre échec social.
Évitant très tôt ce contexte familial pathologique, Bukowski vit une prime enfance de petite frappe, joueur de base-ball de rue, traînant derrière lui les parias, les enfants de l'ombre comme lui. À dix ans, le jeune Bukowski ressent ce qu'il décrira plus tard comme le premier jour de sa vie où il a eu le sentiment d'être écrivain : forcé d'écrire une rédaction qui serait lue devant toute la classe (Buk ayant été forcé par son père de ne pas assister à la visite du président Hoover), il invente de toutes pièces les événements qu'il n'a pas pu voir et, devant le succès de son travail, découvre la puissance des mots, du travestissement, du mensonge et de la corruption.
Au cœur de la crise, le père de Buk perd son emploi de livreur de lait, mais continuera de longs mois à simuler une vie normale d'honnête travailleur, incapable d'admettre son échec, sa pauvreté, et de tirer un trait sur ses velléités d'honnête homme. C'est à cette même période que le petit Charles découvre le vin et l'ivresse, avec un ami dont le père alcoolique possède dans sa cave des tonnelets de gros rouge. Les enfants s'enivrent joyeusement, et Buk accède à cet état de plaisir, de puissance, de sensation de pouvoir tout faire, tout renverser.
L'adolescence de Hank est marquée par un élément qu'il ressent comme majeur, et qui marquera (au propre comme au figuré) sa vie future : la survenue brutale d'une acné cataclysmique, qui grêle son visage et son corps de pustules, affectant cruellement ses rapports avec les autres, notamment les femmes.
Ainsi, le jeune Bukowski, enfant turbulent et dominateur, se forgera petit à petit un personnage d'exclu, de rejeté social, seulement capable de se faire remarquer par sa laideur. Ses intérêts changent drastiquement : il découvre l'écriture, la poésie.
C'est aussi à cette époque que survient le dernier choc majeur avec son père : à seize ans, Bukowski, rentré ivre d'une sortie, se fait une nouvelle fois réprimander et insulter par son père. Pour la première fois, Buk rendra les coups : les deux hommes se battent comme des ivrognes, sous les yeux aussi affolés que passifs de la mère de famille.
Bukowski sortira vainqueur d'un uppercut rageur de cette confrontation, qui se révélera un formidable catalyseur pour ses choix de vie : il décide de quitter la maison et ce père dont il a pu se venger, à qui il a enfin démontré l'injustice de son emprise et les limites de la coercition délirante exercée sur sa famille. Son père ne le battra plus jamais.
Il ne quitte cependant pas la maison, obtient son certificat de fin d'étude au collège, et tente un premier pas dans le monde du travail, prenant un emploi de magasinier dans une grande surface. Immédiatement, Buk réalise que ce monde et ses contraintes n'est pas le sien, et se fait licencier en quelques jours.
Début 1940, il décide de rentrer à l'université, pour un cursus de journaliste, sans passion. Buk se contente du minimum, s'ennuie, joue les nazillons pour provoquer ceux dont le patriotisme dégoulinant l'écœure.
Sa vie s'organise autour de l'alcool, de quelques amis, de l'écriture. Son père découvre un de ses manuscrits et jette son fils à la rue, rageur et haineux contre cette activité de paria.
Les premières années de l'âge adulte de Buk cristallisent ses passions et sa personnalité : il vit d'hôtel en turne miteuse, marginal et puant, vivotant de minuscules emplois et de femmes laides et ivres, qu'il ramène sans efforts de ses nombreuses virées nocturnes dans les bars de son quartier. Il erre à travers les États-Unis, cherchant des piaules à proximité d'un bar. Les verres alternent avec les rixes de rue, les filles, les petits emplois. Il retournera même habiter chez ses parents, qui, abasourdis par ses activités, raconteront à leurs voisins que leur fils est mort.
Bukowski continue d'écrire, entame ses premiers romans autobiographiques, où il parle d'errance, de misère, d'emplois indignes et humiliants, de femmes et d'alcool. Ses tentatives pour placer ses nouvelles dans de petites revues littéraires sont toutes des échecs, mais écrire lui est devenu nécessaire. Il se fend de quelques dollars pour acheter une machine à écrire (très vite prêtée sur gage, faute d'argent). En parallèle, il établit à la bibliothèque municipale le seul havre d'ouverture et de plaisir que sa vie rude et puante peut lui offrir. Il découvre très vite une influence majeure sur sa vie et son style en la personne de John Fante et notamment son roman Demande à la poussière. Buk s'identifie immédiatement à Bandini, gosse fantasque et roublard, surinspiré, excessif, christique et Nietzschéen à la fois, comme lui en rupture familiale et en quête de beauté, d'émotions, de sentiments jamais assez forts. Mais c'est par-dessus tout le style de Fante qui impressionne Bukowski : sa capacité à verbaliser les émotions, à les surinvestir et à en faire le moteur majeur de son personnage (lui aussi très autobiographique).
En quelques années, alors que sa vie amoureuse et de travailleur sont on ne peut plus chaotiques, Buk continue d'éplucher la littérature (en particulier la Beat generation, mais aussi Ernest Hemingway, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus, les auteurs Russes, notamment Dostoïevski), découvre la musique classique (Gustav Mahler, qui ne le quittera plus jamais), continue à écrire des poèmes et des pages autobiographiques.
Sa vie est alors axée autour d'une chambre d'hôtel miteuse, d'un job alimentaire et inintéressant où les rapports féodaux entre cadres et employés nourrissent ardemment l'écriture de Bukowski, et de la quête d'alcool et de femmes pour tout oublier. Buk, à 25 ans, est déjà devenu l'ivrogne obsédé sexuel, instable et chaotique, si nécessaire à son expression littéraire. Il part pour New York, sans trop d'idées sur le but du voyage. L'expérience est dure, froide, cruelle. Il rentre à L.A. désabusé, pense au suicide, cesse d'écrire. Cette passe durera 10 ans.
A 26 ans, il rencontre Jane Cooney Baker dans un bar. Une femme de 10 ans son aînée, ravagée par l'alcool, avec un parcours plus chaotique encore que celui de Buk. Il resteront ensemble une dizaine d'années, buvant ensemble, vivant de petites rapines et de bière pas chère.
Il entre à 32 ans à la poste, encore une fois faute de mieux et dans la seule optique de pouvoir se payer à boire le soir venu et d'avoir quelques employées aussi dociles que grasses à lever. Il voulait n'y rester que quelques semaines, en attendant de vivre de sa plume, il y restera 3 ans.
Les velléités littéraires de Buk sont alors toujours au point mort : bien qu'il arrive à publier quelques poèmes et chroniques dans des revues Beat underground, rien de substantiel ne lui permettrait de quitter son job de facteur. Bien au-delà de ces contingences matérielles, il continue tout de même à dépeindre l'infamie quotidienne, exploite le filon de son boulot de facteur, boit toujours plus et vomit son abjecte vie de perdant. Il développe un ulcère, se fait interdire la boisson, et découvre à cette période les courses hippiques avec sa régulière, Jane, qui tente de lui trouver un substitut à la gnôle. Jane, elle, continue à boire. Sa santé décline, leur relation se dégrade, ils finissent par rompre.
C'est à cette période que Buk publie pour la première fois des poèmes dans une petite revue, revue dont il finira par épouser la rédactrice en chef. C'est une texane, fille de grand propriétaire Texan, nymphomane et hystérique, en adoration devant le talent qu'elle devine chez Buk. La fille est riche, il se laisse entretenir, rêve de confort et de facilité. Ils resteront ensemble 2 ans, avant que Buk ne finisse par se faire la belle, ne supportant pas les sautes d'humeur et le tempérament vampirique de sa femme. Il coupe les ponts, abandonne cette vie facile aux crochets de l'héritière, retourne à L.A.
C'est à cette période qu'il réglera ses derniers comptes avec l'enfance : en 58, son père meurt ; quelques années après sa femme. Buk hérite de la maison, qu'il vend très vite. Il s'installe à Los Angeles, y recroise ses anciens compagnons de beuverie, dont Jane. Poussé par la nécessité, il réintègre les services postaux fédéraux.
Il y restera cette fois 12 ans. Ce sera un période aussi douloureuse que féconde : Buk s'astreint à garder son job et à l'écriture. Sa petite chambre devient un capharnaüm de papiers noircis de poèmes et tachés de whisky. La radio crache du Mahler et du Bach. Les petites publications se succèdent dans des revues plus ou moins obscures, et le nom de Bukowski commence à se faire connaître. Un premier recueil parait, Buk est invité à fréquenter des cercles littéraires, des écrivains, des éditeurs. Il déserte le milieu, le déteste, tout embourgeoisé de clanisme, dandysme, suffisance et pédanterie.
Il est publié dans The Outsider, revue plus largement distribuée, aux côtés de Allen Ginsberg, Jack Kerouac (qui vient de publier Sur la route), William Burroughs. La popularité grandissant, on lui propose des lectures dans les universités. Ironie du destin.
En 64 naît la fille de Bukowski avec Frances Smiths, Marina. Bukowski, qui refusait tout idée de paternité avant cet « incident », se consacre à sa fille, cherchant à lui éviter la vie de misère dont il commence à peine à se sortir.
Ce n'est qu'en 1969 que parait son premier grand recueil de nouvelles et chroniques, sous le délicieux titre de Journal d'un vieux dégueulasse, courageusement publié par L. Ferlinghetti, poète et éditeur BeatSan Francisco. Le recueil, tiré à 20 000 exemplaires, gagne un plus grand succès d'estime dans le milieu beat, ce qui vaudra à Bukowski d'être vite assimilé à ce mouvement, chose qu'il rejettera de ses dires et de ses actions. Buk n'a jamais connu les beats (il a tout au plus croisé Burroughs, beaucoup plus tard, et a d'ailleurs dédaigné aller lui dire un mot). à
Cette publication correspond aux premières lectures publiques de ses poèmes par Buk, le plus souvent dans des BDE de facs, des petits cercles littéraires, des bars. Buk y va à reculons, angoissé et toujours aussi peu enclin à ce genre de démonstrations où il se sent forcé de prostituer sa poésie pour un parterre de minettes dégénérées dans le meilleur des cas, de poétillons sous-inspirés dans le pire (et le plus fréquent) des cas. Il s'enivre avant chaque montée sur scène, ivre mort, déblatérant autant d'insultes que de poésies. Le public aime ça, vibre avec les élucubrations du vieux dégueulasse, émoustillé par ses verbes crus, son attitude boxeur, sa gouaille furieuse.
Le succès est là, Buk quitte la poste pour se consacrer totalement à l'écriture. Il livre alors son premier roman, Le Postier (1971), dans lequel il dépeint son quotidien d'employé des postes, ses pieds trempés et ses arrêts au bistro durant les tournées. C'est un pugilat, une catharsis enflammée, dont les 2 000 exemplaires s'écoulent très vite. Il rencontre à cette période Linda King, artiste à ses heures, mère de deux enfants. Leur histoire est dès le début très chaotique, excessive, parfois violente. Les ruptures alternent avec les éclats de la voix et des poings, Buk s'éloignant d'elle pour vivre de petites histoires avec des éditrices, alternant avec des nuits crapuleuses avec des fans ivre-mortes. Le vrai tournant littéraire est acquis en 76, avec la publication d'un recueil de nouvelles Les contes de la folie ordinaire, peu autobiographique, et peu représentatif de l'œuvre globale de l'auteur.
En 1976, il rencontre Linda Lee, lors d'une lecture dans un bouge de L.A., 25 ans plus jeune que lui, qu'il finira par épouser. C'est une jeune hippie, toute emprise de philosophie tibétaine et qui tient un restaurant macrobiotique à Los Angeles. Elle est grande et blonde, charismatique, protectrice, douce et structurante pour le vieux dégueulasse. Ils ne se quitteront plus. C'est à cette période que, ressentant probablement un tournant dans sa vie sentimentale, Buk attaque la rédaction de Women, épais roman autobiographique, quasi-pornographique, où il écrit avec délice les chaos de sa vie avec les femmes. Toutes y passent, exposées dans leur vice et leur mal, entraînées avec Buk dans une spirale de folie à deux. Alcool, sexe, débauche, Buk joue au maquereau de sa propre vie. Ces 450 pages d'amours fielleuses sont publiées en 77.
Ce n'est que vers 60 ans que Buk s'installe finalement avec Linda, à San Pedro, Californie. Il est passé de la bière au vin, écrit plusieurs poèmes par jour, se laisse bercer par une vie plus calme, entouré de chats. Bukowski vit de ses droits d'auteurs et surtout de ses cachets de lectures publiques, mais ne renonce en rien à son train de vie crasseux. Le surplus d'argent sera simplement redirigé vers les courses de chevaux. Sa célébrité internationale passe par l'Allemagne et surtout la France — où trois de ses poèmes furent publiés par la revue The Star Screwer dès 1971, avant qu'il soit édité par les éditions du Sagittaire —, où sa mémorable apparition dans l'émission de Bernard Pivot Apostrophes (1978) le fait accéder immédiatement au statut d'écrivain culte : Buk, ivre mort, baragouine dans son coin, tripote sa voisine, s'enfile deux litres de blanc sur le plateau et finit excédé par partir du plateau, puis sort un couteau pour s'en prendre à une personne chargée de la sécurité (vous retrouvez l'intégrale de l'émission dans le doc de J Dullaghan,"Bukowski", disponible en DVD, version française sous-titrée).
Son succès en Europe devient colossal : la presse relate l'événement, Marco Ferreri adapte Les contes de la folie ordinaire au cinéma et plus tard Barbet Shröeder adaptera un script de Bukowski dans Barfly avec Mickey Rourke dans le rôle de Hank Chinaski, qui ne sortira pas avant 1988.
Buk roule en BMW pour aller aux courses, épouse Linda Lee en 1985, publie ses derniers romans et poèmes, loin du tumulte de Los Angeles et de ses anciens démons.
Il meurt le 9 mars 1994 à San Pedro (Californie), d'une leucémie. On peut lire sur sa tombe l'épitaphe « DON'T TRY » (n'essaie pas), entendre par là qu'il ne faut pas essayer, il faut faire.